Suzanne Césaire, une grande voix des cultures antillaise

 

Suzanne Césaire par Daniel Maximin

Suzanne Césaire par Daniel Maximin

SUZANNE CÉSAIRE (1915-1966), CENTENAIRE SOLAIRE

par Daniel Maximin que vous pourrez rencontrer le 20 novembre à 19h à la bibliothèque Aimé Césaire (14e)

 

 

2015 est l’année du centenaire de la naissance de Suzanne Césaire en août 1915, intellectuelle et écrivain martiniquaise, une des plus grandes figures de sa génération avec son époux, Aimé Césaire, et ses amis proches : René Ménil, Georges Gratiant, Aristide Maugée, Lucie Thésée, avec lesquels entre autres elle a animé de 1941 à 1945 à Fort-de-France la revue Tropiques, dans les dures années de la « dissidence », revue qui a joué un rôle majeur dans l’émergence des Antilles contemporaines, en dialogue toujours d’actualité avec la Caraïbe et le Monde, l’Afrique, l’Europe et les Amériques.

L’œuvre de Suzanne Césaire est réduite en quantité et dans la durée (sept articles de 1941 à 1945), mais elle est d’une importance capitale dans son contenu, car s’y trouvent analysées et éclairées toutes les grandes questions qui traversent l’histoire contemporaine des Antilles, dont elle a participé à l’édification, tant des points de vue littéraire, culturel, politique et identitaire. Il s’agit en tout de sept études de grande portée dans la forme et le contenu publiées à la Martinique dans sa revue Tropiques, pendant les années noires de l’occupation pétainiste des Antilles qui engendrèrent la dissidence tant politique que culturelle de sa génération.

Suzanne Césaire a joué un rôle déterminant dans la genèse de la poétique des écrivains de sa génération, et notoirement d’Aimé Césaire lui-même selon son propre témoignage, (et ceci dès l’époque de la genèse à Paris du Cahier d’un retour au pays natal, contemporaine de leur union). Elle fut aussi le symbole d’une lignée d’écriture féminine qui aura une place majeure aux Antilles.

Ses ÉCRITS ont été édités pour la première fois en un petit volume aux Éditions du Seuil, en 2009, réédité cet automne 2015, composé des sept études de grande portée dans la forme et le contenu que Suzanne Césaire, qui fut l’épouse d’Aimé Césaire, a écrits dans la revue TROPIQUES, qu’elle fonda avec René Ménil et lui de 1941 à 1945, à la Martinique, pendant les années de l’occupation pétainiste des Antilles et de la Résistance, tant politique que culturelle, de sa génération, dont elle représente un flamboyant symbole, retournée dans l’ombre après sa disparition précoce, qui a joué un rôle déterminant dans la genèse de la poétique d’Aimé Césaire lui-même selon son propre témoignage, (et dès l’époque du Cahier d’un retour au pays natal, contemporaine de leur mariage), et qui fut aussi l’initiatrice d’une lignée d’écriture féminine qui a toujours eu une place majeure aux Antilles.

Ses textes manifestent avec force l’entrée des cultures antillaises dans la modernité politique et littéraire de l’après-guerre, la rupture brutale et ironique avec le carcan des traditions doudouistes des écrits coloniaux, et l’ouverture à tous les vents artistiques des Amériques, d’Europe et d’Afrique. Signe de son exceptionnelle fécondité : ces différents thèmes sont déjà tous présents dans les sept études qu’elle publia de 1941 à 1945 dans la revue.

Partant à la recherche des expressions de l’identité antillaise, les Antillais de la génération de Tropiques en découvriront toute la vitalité populaire cachée sous toute leur méconnaissance d’intellectuels, le feu vital brûlant sous le masque d’astres morts, comme le note Suzanne Césaire dans ce même premier numéro :

Il est maintenant urgent d’oser se connaître soi-même, d’oser s’avouer ce qu’on est, d’oser se demander ce qu’on veut être. Ici aussi des hommes naissent, vivent et meurent. Ici aussi se joue le drame entier… Il est temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme.

Retournée trop vite dans l’ombre après sa disparition précoce en 1966, il importe de raviver sa lumière et de faire revivre aujourd’hui sa pensée et sa personnalité à travers la mise en valeur de sa personne, de sou action culturelle et de ses écrits littéraires, qui sont une pièce centrale du patrimoine littéraire des Antilles de la deuxième moitié de son siècle.